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TL;DR - Résumé Tout le monde est mort de trouille quand il sait qu’il va devoir parler en public, probablement à cause d’un mauvais référentiel sur le sujet. Pourtant, finalement il suffit de faire ce qu’on fait le mieux naturellement : être humain, et surtout ne pas ouvrir PowerPoint !
Pour préparer une présentation, des post-its ou le mindmapping vont vous aider à construire l’histoire qui soutiendra votre discours : raconter des histoires, c’est finalement ce que tout le monde aime, non ? Et en plus, tout le monde aime écouter des histoires. Tout cela semble de bon augure pour votre prochaine conférence !
Une fois le contenu préparé, plus qu’à rester la personne que vous êtes tous les jours pour présenter votre conférence : discuter avec des gens,ne pas lire, mais sourire et faire de l’humour !
Vous êtes prêt : tout va bien se passer !

Il y a quelques mois, j’ai participé à BlendWebMix, un très bel événement avec plein de jolies conférences. J’y ai même doublement participé : en tant qu’intervenant sur un short track (à propos des North Star KPI), mais aussi en tant que spectateur. Dans les conférences, je remarque souvent que le contenu, le fond, peut être totalement desservi par la façon de présenter, la forme. Pourquoi ? Parce que tout le monde a peur de parler en public !

C’est une peur largement partagée : une étude note que 74% des personnes souffrent de glossophobie. Et oui, il y a même un nom pour cette peur : la glossophobie.

« D’après la plupart des études, la peur n°1 des gens est parler en public. La n°2 est la mort. Ça veut dire que pour n’importe qui, si tu vas à un enterrement, il vaut mieux être dans le cercueil que dire l’oraison funèbre ».
Jerry Seinfeld

Mais pourquoi une telle peur ?

  • Parce que nous avons peur d’être jugés : c’est certain, en restant au fond de la salle, personne ne pourra émettre un quelconque avis sur vous ! C’est probablement des vieux restes de notre éducation : parler devant toute la classe, c’est s’assurer des remarques désobligeantes de la part du prof, et probablement des moqueries de ses camarades (oui, à 14 ans, on n’est pas tendre ni très fin…)
  • Parce que l’on n’aime pas être mis en avant : même quand ils ont fait quelque chose de bien, la plupart personnes n’aiment pas que l’on parle d’eux ou qu’on les mettent en avant, comme une sorte de pudeur.
  • Parce qu’on n’a pas l’habitude de le faire : notre société est très hiérarchisée, les « sachants » (prof, patron…) parlent et les autres écoutent. À l’école, nous avons, par exemple, très peu l’occasion de parler en public, alors qu’aux États Unis, c’est l’inverse. Et d’ailleurs, plusieurs fois, j’ai été étonné par la qualité des présentations lors de conférences par de très jeunes speakers qui ne pouvait pas vraiment avoir d’expérience sur le sujet.

Lutter contre le syndrome de l’imposteur

« Mais qui suis-je pour faire ça ? »
Un peu comme tout le monde, vous vous demandez si vous méritez d’être là. Si, en fait, vous n’êtes pas super doué pour donner le change et faire croire que vous êtes bon : vous souffrez du syndrome de l’imposteur ! Et évidemment, parler en public, c’est le moment idéal pour exacerber cette impression, très désagréable.

Vous n’êtes pas un prof, alors ne cherchez pas à faire comme eux

Dans l’inconscient collectif, le modèle de la parole publique, c’est le professeur qui vient donner un cours dans un amphi plein d’étudiants à la recherche du savoir absolu. Mais en fait, dans les conférences, ça n’est pas du tout l’attente des participants, réfléchissez à ce que vous aimer voir dans une conférence, est-ce que c’est le modèle « cours en amphi » ?… j’en doute sérieusement.

Vous n’êtes pas expert dans le domaine dont on vous parle, mais ça n’est pas grave !

Si l’on vous a demandé de parler d’un domaine où vous pensez ne pas être réellement un expert, c’est que quelqu’un considère que vous êtes bien placé pour en parler, alors, soyez en confiance ! Une astuce : dites dès le début que vous n’être pas un expert sur le sujet, mais que vous avez bossé pour présenter une étude complète sur le sujet, ainsi vous vous mettrez dans une situation plus confortable.

Vous êtes assurément un expert dans votre domaine, alors rassurez-vous !

Vous êtes un expert dans votre domaine, et avez confiance dans cette affirmation : vous n’êtes donc pas un imposteur. Mais ça n’est pas une raison pour faire un cours magistral, le public n’aime pas ça du tout ! Ne surjouez pas l’expertise et évitez tout jargon et autres buzzwords…

Préparer votre intervention

L’improvisation n’existe pas, même les plus grands conférenciers travaillent dur ou ont travaillé des années avant de pouvoir dérouler facilement une conférence.

N’ouvrez pas PowerPoint !

On a tous ce mauvais réflexe qui est d’ouvrir PowerPoint (ou Keynote) quand nous voulons écrire une conférence. Alors, brisez cette fatalité, et utilisez un outil adapté pour construire la vôtre. Le mindmapping (avec des outils comme iThougts, Xmind ou Freemind) est un bon outil pour préparer son discours. Si vous n’aimez pas le mindmapping, utilisez des post-its par exemple, l’essentiel étant de pouvoir facilement réorganiser vos idées. J’ai ma petite méthode depuis quelques années :

  1. Je jette mes idées en vrac : grands thèmes, messages que je veux passer, exemples, anecdotes,
  2. J’organise ces idées en 2 ou 3 grands thèmes, et je hiérarchise thèmes>idées>exemples/anecdotes,
  3. Cela me permet de voir si mes parties sont équilibrées et si nécessaire, je vais bosser les points trop faibles qui nécessite d’être étayés,
  4. Je laisse reposer ce premier jet pendant quelques jours, voire quelques semaines… le temps est utile et même nécessaire.
  5. Un peu plus tard, je reprends mes idées, et fais le ménage. En général, j’abandonne les points les moins intéressants, les idées les plus banales, et les lieux communs. J’essaye aussi d’apprécier la quantité de contenus par rapport à la durée.

Racontez une histoire

Tout le monde aime les histoires et c’est beaucoup plus facile d’écrire une histoire : votre intervention aurait un début, un déroulé et un fin, de façon naturelle et logique. Vous pouvez raconter :

  • votre propre histoire : votre public est venu vous écouter vous !
  • l’histoire d’autres personnes,
  • ou une histoire imaginaire qui donnera plus de structure.

Écoutez par exemple la conférence de Manon Gruaz lors de DevFest où elle construit toute sa conférence autour d’une personne plus ou moins imaginaire (à partir de 4:45) Manon Gruaz La Marque est morte, vive l’intelligence artificielle

Votre public n’est pas venu assister à un cours magistral, à la lecture d’un livre ou au visionnage d’une vidéo : donnez leur de l’humain ! Intégrez des anecdotes personnelles et des exemples vécus par d’autres personnes ou entreprises.

Préparez votre support visuel ou n’en préparez pas…

Vous pouvez imaginer faire votre conférence sans support visuel, c’est tout à fait possible : vos supports ne doivent servir qu’à illustrer votre propos avec des graphiques, des exemples ou des démonstrations. D’ailleurs, j’ai assisté à plusieurs conférences données presque sans support visuel pour public… mais pas pour le présentateur ! Par exemple, Manuel Diaz fait ça de temps en temps : sur son ordinateur portable, il a les points clés de sa présentation, et très peu de données sur ses slides.

Par exemple, sur cette conférence, on voit bien qui suit son déroulé sur son portable wif2010 conference : Manuel DIAZ

Si vous tenez vraiment à avoir une présentation, quelques points pour occuper l’écran utilement :

  1. Préparez votre slide accueil : le titre de la conférence, votre nom et vos coordonnées (votre email, votre compte twitter, le hashtag de la conférence ou spécifique pour votre intervention et éventuellement votre numéro de mobile).
  2. Structurez votre présentation avec des slides pour les titres de vos parties : cela permet au public de bien comprendre l’articulation de votre propos… et éventuellement de raccrocher certaines personnes que vous auriez perdues en cours de route.
  3. Posez les exemples avec des illustrations, et très peu de texte.
  4. Concluez par un slide qui donne le point le plus important (« Internet, c’est bien pour tout le monde ») ou un élément d’action (« En avant, demain vous êtes sur Internet ») et rappelez encore une fois vos coordonnées (ça serait dommage de louper un contact avec une personne que vous auriez convaincu).

Combien de slides faut-il faire ? Il n’y a pas de règles… ça va dépendre du contenu de vos slides et du temps que vous allez prendre par slide. Mais dans tous les cas jamais moins de 30 secondes par slide (hors slides de titre)… sinon, c’est que votre slide ne sert à rien.

Gérez le temps

Une des difficultés de la prise de parole, c’est la gestion du temps. Trop long ou trop court, vous serez en stress… Trois solutions :

  1. Testez : mettrez-vous en situation de présentation, debout devant un écran et chronométrez le temps nécessaire. En fonction, vous pourrez ajuster votre contenu, mais de toute façon la durée variera de plus ou moins 20% en situation réelle (sur une heure, cela fait + ou - 10 minutes)
  2. Posez des jalons : pour chaque grande partie, identifiez la durée et donc l’heure de démarrage des parties (« à ce titre, je dois être à 20 minutes ») ce qui vous permettra de savoir si vous êtes en retard ou en avance et donc si vous devez prendre votre temps ou accélérer
  3. Adaptez-vous : préparez du contenu optionnel que vous pourrez ajouter si vous avez fini trop tôt. Typiquement, à la fin de votre conférence, vous pouvez avoir une série d’exemples, si vous êtes en retard vous les survolerez, sinon vous pourrez les détailler en prenant votre temps.

Écrivez peu, juste l’essentiel

Hors de question que vous écriviez l’intégralité de votre conférence, vous auriez envie de la lire… et là, vous courrez à la catastrophe. Mais il y a deux phrases que vous devez écrire, et apprendre par coeur : la première et la dernière.

« On n’a qu’une seule occasion de faire une première bonne impression »

Si, en général, c’est vrai… là, vous avez un temps de parole réservé et les participants feront comme si la porte de salle était fermée à clé… , et du coup ils n’oseront pas sortir avant la fin ! Vous avez donc plusieurs occasions de briller.

Les premières secondes de votre prise de parole seront les plus stressantes. Si avec votre première phrase, vous arrivez à vous lancer en mode « automatique », vous aurez gagné, et la suite va glisser comme si vous étiez dans un toboggan… Cette première phrase est toute simple :

  • « bonjour/bonsoir » : c’est bête, mais cela vous permet de ne pas oublier qu’il y a des gens en face de vous,
  • « merci d’être ici » : personne ne les a obligés à venir, et peut être même qu’ils ont payés pour vous écouter,
  • « je vais vous parler de… » : et c’est parti….

Deuxième phrase à écrire et apprendre par coeur : la dernière, celle que vous allez prononcer après la conclusion, ce que vous permettra d’éviter le « bon ben voilà, c’est fini »

Bien dérouler sa présentation

«Une bonne prise de parole, c'est comme un premier rencard. On reste soi-même, mais on se maquille et on met un soutien-gorge push-up.» Annabelle Roberts present-perfect.fr

Soyez humain

Vous n’êtes pas une vidéo sur YouTube, vous n’êtes pas un MOOC, vous n’êtes pas un livre : vous êtes humain, alors faites comme tous les jours :

  • Parlez aux gens : ils sont là physiquement, devant vous, tous à votre écoute. Parlez-leur comme s’ils n’étaient qu’une personne avec qui vous allez discuter, presque de façon informelle. Le conseil classique, mais vraiment indispensable : identifiez 3 personnes à chaque extrémité de la salle, des personnes qui ont l’air sympathiques et qui semblent réactives. Ces 3 personnes seront vos interlocuteurs pour toute la durée de votre intervention, vous allez leur parler à tour de rôle. Cette astuce va considérablement simplifier l’interaction avec votre audience.
  • Ayez de l’humour : c’est bien une caractéristique spécifique à l’être humain… mais pour autant tout le monde n’est pas forcément à l’aise pour en faire. Une petite idée : se moquer de soi même ! Personne ne vous en voudra…
  • Faites des erreurs : l’erreur est humaine, c’est évident. Franchement, il ne faut pas avoir peur d’en faire : vous pouvez être distrait par un élément extérieur, faire un lapsus, perdre le fil de votre discours… rien de grave, rattrapez-vous, et ça vous donnera l’occasion de vous moquer de vous-même !
  • Personnellement, j’aime bien placer quelques mots familiers dans mes présentations, du genre « oups, j’ai dit une connerie » ou « on va pas se laisser emmerder ». L’objectif est d’avoir un ton un peu plus direct avec l’audience, de la bousculer aussi.

Ne lisez pas vos slides

À cela, aucune exception, ne lisez JAMAIS, never, jamas, أبدا, 曾经 vos slides. Si vous avez peur de ne pas y arriver, quand vous faites votre répétition utilisez une version de votre support de présentation sans les textes en ne gardant que les grands titres. Ainsi, vous allez prendre de bonnes habitudes. Pensez aussi à utilisez la fonction notes du présentateur de PowerPoint ou Keynote pour intégrer la grande idée de chaque slide, et mettez ces quelques mots dans une taille de police suffisante pour que vous puissiez la lire sur votre portable tout en étant à deux mètres de distance.

Occupez la scène

Vous avez de l’espace devant votre auditoire, et vous pouvez vous devez l’utiliser :

  • ne jamais parler assis, même devant 10 personnes : debout, vous respirerez mieux et votre voix portera mieux.
  • ne jamais se mettre derrière un pupitre : vous n’avez pas de discours écrit, n’est-ce pas ? Donc pas besoin de pupitre.
  • utilisez une télécommande pour faire défiler vos slides : vous n’aurez pas besoin de revenir devant l’ordinateur. Logitech fait des télécommandes qui sont proches de la perfection.
  • positionnez le portable devant vous si vous avez utilisé la fonctionnalité notes du présentateur.

Gérez votre ton

votre voix est votre canal de communication, et la forme doit servir le fond de votre conférence. Trouvez un ton dynamique :

  • faites des pauses : cela va vous permettre de reprendre votre respiration, vous pouvez facilement attendre 5 secondes quand vous changez de partie. Entrainez-vous.
  • changez de rythme : accélérez ou ralentissez suivant le moment.
  • faites des apartés : quand vous avez une anecdote ou un exemple, dites-le comme un aparté, comme si vous étiez en train de parler à votre voisin de table et plus à toute l’assemblée.
  • souriez : comme au téléphone, ça s’entend. Souriez même avant de dire le premier mot de votre prise de parole.

Préparer les questions

Le sujet n’est pas de préparer les réponses, mais d’anticiper la gestion des questions.

  1. annoncez dès le début si vous acceptez les questions au fur et à mesure ou uniquement à la fin. Je vous conseille de le dire si une personne vous pose une question en cours de route : « Je vous propose de regrouper les questions pour la fin de ma présentation, cela nous permettra de mieux suivre le fil ».
  2. préparez la première question : personne n’ose poser la première question, alors préparez une question et missionnez un complice (le présentateur, un collègue…) dans l’assistance pour qu’il la pose. Cela vous évitera une période de stress…

Pour l’anecdote, je m’étais fait une spécialité de poser la première question à toutes les conférences auquel j’assistais… À l’époque, je venais d’arriver en Normandie sur un poste institutionnel et j’avais besoin de me faire identifier par l’écosystème. En posant la première question, j’avais le temps de me présenter tranquillement et en même temps, je me faisais bien voir du conférencier (bon, à condition de poser une question pas trop vache !)

Vous êtes prêt ?

Si vous avez suivi la majeure partie de mes astuces ci-dessus, vous avez fait un super job ! Bravo ! 👍🏻 Le public va adorer et votre conférence va être super intéressante.

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Olivier Martineau

Ermite, extraverti, entreprenant et curieux


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Olivier Martineau

Les 9 vies, c'est un minimum.

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