Je suis workaholics mais je me soigne

Il est évident que le confinement a mis à mal les équilibres entre activité professionnelle et personnelle. J’ai pourtant le bonheur d’avoir un bureau parfaitement isolé du reste de la maison, mais doucement mon activité professionnelle est devenue mon unique activité. Et elle est même devenue mon principal centre d’intérêt, ma seule préoccupation.

Pour moi « être un bourreau de travail » a toujours été une qualité, mais un petit tour sur Wikipédia en donne une tout autre définition…

Je vous propose de faire un petit point ensemble : combien des affirmations suivantes vous semblent déjà vues ?

  • ▢ vous vous définissez principalement par votre activité professionnelle ? Dès que vous rencontrez des amis, votre première question est “comment va le boulot?”
  • ▢ vous n’avez plus vraiment d’activité de loisirs en tout cas rien de très engageant ni de régulier.
  • ▢ vous arrive-t-il de prendre des médicaments ? du Dolliprane quasiment tous les soirs pour vous détendre un peu musculairement… ou beaucoup plus fort ?
  • ▢ votre conjoint ou vos amis vous ont déjà dit que devriez ralentir, travailler moins… et vous avez répondu “ça va, je gère”.
  • ▢ Vous avez remarqué que de petits événements professionnels que vous gériez bien normalement ont un impact fort sur votre humeur et vous rendez irritable.
  • ▢ vous avez l’impression de moins facilement arriver à prendre du recul face à une situation qui nécessiterait un peu de réflexion et de mise en perspective.
  • ▢ vous ne pouvez pas vous retenir de regarder votre boite email et votre agenda une dernière fois avant d’aller vous coucher.

Vous cochez 2, 3 ou toutes les cases ? Vous êtes comme moi un workaholic. Vous avez développé une dépendance au travail, très certainement tout doucement, sans vous en rendre compte.

Bienvenu aux workaholics anonymes

Je ne crois pas à la séparation vie personnelle et vie professionnelle : on n’a qu’une vie. Du coup, il va falloir apprendre à gérer cette dépendance. Mais contrairement aux autres dépendances, il est totalement impossible d’être abstinent pour en guérir.

Par contre, n’ayez pas peur, vous serez toujours autant engagé dans votre entreprise, mais juste avec des idées plus claires ! Il existe des pistes pour aider notre cerveau à prendre un peu de repos. Il va falloir casser les mauvaises habitudes…

Coupez les fils

Vous savez évidemment qu’un email reçu à 20h peut attendre le lendemain, et pourtant vous le lisez et même vous y répondez (parce que ça ne prend qu’une minute…). Pour éviter les tentations, j’ai supprimé mon environnement professionnel de mon téléphone : - boite email, - agenda, - gestionnaire de tâches ou de projets, - Slack, - etc.

En fait, vous n’en avez pas besoin, vous aurez déjà ça sur votre ordinateur la journée, ça suffit. Et si vous êtes vraiment tout le temps en déplacement et que vous ne pouvez vous passer de communiquer avec votre entreprise : prenez un 2e téléphone que vous programmerez en mode « Ne pas déranger » de 20h à 8h. Cette deuxième ligne est d’autant plus indispensable si des clients ou les collaborateurs ont l’habitude de vous appeler sur votre portable (ça n’est pas mon cas, j’ai cette chance.)

Séparez vos univers

Sur votre ordinateur, faites deux sessions utilisateurs : une pro et une perso. Et séparer de la même façon les logiciels et les comptes déjà connectés… L’idée est la même que pour le téléphone, en rendant plus difficile l’accès à la communication professionnelle, j’espère casser les mauvais réflexes et me donner une seconde en plus pour me dire « non, je n’ai pas besoin de faire ça ».

Domptez votre boite email

Concernant la gestion email, je suis au point : j’ai pris de bonnes habitudes depuis un moment

  1. Relativisez votre boite email : si quelqu’un vous envoie un email, c’est que l’urgence est relative. Sinon, il vous aurait téléphoné !
  2. Habituez vos interlocuteurs à un délai de réponse raisonnable : plus vous répondez vite, plus ils vous enverront un email qui nécessitera une réponse urgente, plus ils seront impatient de votre réponse. Si vous répondez systématiquement dans la journée suivant la réception, ce rythme deviendra la normalité.
  3. Désactivez mes notifications de votre boite email sur votre ordinateur aussi (pas besoin sur votre portable si avec suivi mon précédent conseil : nous n’avez plus votre boite email sur votre iPhone !)

Donnez de l’air à votre planning*

En confinement, curieusement, mon agenda se remplit beaucoup plus que d’habitude. Je ne me l’explique pas, mais le constat est que 7-8 heures de rendez-vous sur une même journée, c’est absolument intenable intellectuellement.

  • Créez-vous des sas de liberté dans votre agenda : on a tous besoin d’une paire d’heures pour gérer des points urgents et faire le tri dans les emails. J’essaye de me limiter à 3-4 heures de rendez-vous par jour.
  • Je planifie aussi des temps de travail sur mes dossiers, et j’essaye de ne pas les sacrifier à la première demande de rendez-vous (je dois avouer ne pas être très au point sur ça) : il faut arriver à dire « non, je ne suis pas disponible ce jour-là »

Choisissez les projets qui vous tiennent à coeur

Comme beaucoup de managers, j’ai du mal à déléguer. Je pense que c’est encore pire quand on a créé son entreprise : au début, il fallait tout gérer tout seul, du coup on sait un peu tout faire. En plus, son entreprise, c’est un peu son bébé, et on veut en prendre soin le mieux possible. Du coup, j’ai toujours le réflexe : « Ça ira plus vite si je le fais » ou « Ça sera fait exactement comme je veux ». Évidement, ce sont de très mauvais réflexes, mais ils sont tellement naturels.

J’ai mis en nouveau process de gestion de ma todo list pour éviter ce biais naturel : sur une première passe de lecture de ma todo, je recherche tout ce que je pourrais ne pas faire moi-même… et là magie, de la place apparait pour faire ce que j’ai vraiment envie de faire.

Je suis persuadé que se lancer sur des projets choisis plutôt que subits est une clé essentielle. Pouvoir avancer sur des projets choisis est libérateur, quels qu’en soit les critères de choix : stratégique pour l’entreprise, correctif d’une organisation défaillante, apportant de nouvelles compétences, ou même juste plaisant sans autre justification.

Personnellement, j’ai plusieurs projets hors de mes process habituels qui n’avançaient pas, ce qui me frustraient énormément. Récemment, j’ai réussi à en débloquer quelque un, et transformé cette frustration en enthousiasme !

Trouvez de vrais loisirs

Trouvez un loisir totalement déconnecté de votre activité professionnelle est une très bonne idée. Quand je parle de loisirs, c’est une occupation régulière, toutes les semaines pendant un an par exemple. Mais aussi qui peut vous pousser à y réfléchir pendant la semaine pour que votre cerveau ait une porte de sortie à mettre en face des préoccupations professionnelles.

Pour moi, c’est la voile. Cela m’attirait depuis de nombreuses années, j’avais prévu de m’y mettre « à la retraite »… et un jour, je me suis dit, mais pourquoi attendre ? Quand on est sur l’eau pendant trois heures à s’occuper de faire fonctionner son bateau, on n’a pas du tout l’occasion de penser à son boulot. Pour moi cela se rapproche de la méditation (que j’ai aussi essayée via un programme MSBR).

J’aurais une tendance naturelle à faire des sides projects informatiques, j’en ai toujours fait. La plupart du temps, c’est sans objectif business mais depuis qu’un de mes projets est devenu une entreprise (42Stores), j’ai du mal à ne pas mettre systématiquement un business plan derrière une idée. C’est probablement très dommage, mais j’ai encore du travail à faire là-dessus.

Cet article est pour moi une thérapie, en tout cas une première approche. J’espère casser les mauvais réflexes que j’ai intégrés pour installer de nouvelles habitudes.

N’oubliez jamais que construire une entreprise n’est pas un sprint, mais un marathon, il faut savoir tenir la durée, alors prenez soin de vous, vous êtes le meilleur investissement.


Crédit photo : freepik.com

Olivier MARTINEAU Ecrit par :   

Entrepreneur enthousiaste (♥︎ produit & kpi), technophile (♥︎ dev & srv), co-président de la FRENCH TECH ROUEN, co-fondateur SPREAD, solution SaaS d'engagement clients (♥︎ people & action)